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AfricaMuseum Enquête sur l’Héritage Congolais de la Belgique

Une exposition majeure à Tervuren expose la réalité brutale dissimulée dans une peinture colossale de 1913 qui servait autrefois de récit officiel de l’entreprise coloniale belge. L’AfricaMuseum Royal, une institution fédérale, appelle à une remise en question critique de cet héritage de « fausses nouvelles » coloniales.

Depuis des décennies, l’AfricaMuseum symbolise les liens complexes et souvent controversés de la Belgique avec le Congo. Sa nouvelle exposition, Le Panorama Congo 1913, confronte l’ancien rôle du musée en tant que vecteur de propagande d’État.

Au centre se trouve le Panorama Congo, une vaste peinture circulaire de 115 mètres qui a ébloui les visiteurs lors de l’Exposition Universelle de Gand en 1913. Créée par les artistes belges Alfred Bastien et Paul Mathieu, c’était une forme précoce de spectacle immersif, conçue pour submerger les spectateurs d’une vision idyllique et harmonieuse de la colonie.

Illusion d’Utopie

Suite à la condamnation mondiale des atrocités commises sous le Roi Léopold II, l’État belge a pris le contrôle du Congo en 1908. Le Panorama est devenu un outil de propagande clé, dépeignant des Congolais « accueillant » les colons belges et la technologie moderne. Son message était sans ambiguïté : la colonisation était une « mission civilisatrice » légitime et bénéfique.

L’exposition déconstruit ce récit en plaçant la peinture à côté de preuves d’archives. Les quelques porteurs montrés dans le Panorama masquent l’ampleur du travail forcé, où des milliers de Congolais étaient contraints de transporter des charges dépassant souvent 40 kg sur de longues distances. L’AfricaMuseum présente les propres photographies des artistes de prisonniers enchaînés—images délibérément exclues de l’œuvre finale.

La représentation calme des soldats de la Force Publique masque leur implication dans la coercition et la violence, tandis que tout signe de résistance congolaise a été effacé. Même les forêts luxuriantes de la peinture sont trompeuses : l’extraction par la Belgique du caoutchouc, de l’ivoire et du bois a généré d’énormes profits mais a infligé des dévastations environnementales et humaines profondes.

« Cette exposition participe d’un mouvement plus large qui s’opère au sein du musée, et consiste à repenser et à questionner de façon active le patrimoine colonial, » déclare le Directeur général Bart Ouvry, ancien ambassadeur belge en RD Congo. « Je suis convaincu que cette passionnante exposition apportera au public des clés qui lui permettront de comprendre qu’il s’agissait bien, il y a un peu plus d’un siècle, de ce que nous appelons aujourd’hui une fake news. L’entreprise coloniale était en essence un récit géopolitique et économique qui pour la population congolaise était loin d’être une idylle. »

Tervuren a joué un rôle central dans l’élaboration de ce récit colonial, à commencer par l’Exposition Internationale de 1897, où 267 hommes, femmes et enfants congolais ont été exposés dans un zoo humain au Parc de Tervuren. Sept sont morts et reposent depuis 1953 dans des tombes négligées à l’église Sint-Jan Evangelist. Pendant un demi-siècle, ils ont été enterrés en terre non consacrée traditionnellement réservée aux parias.

En organisant cette exposition stimulante—et en reconnaissant que les croquis originaux du Panorama font partie de sa collection—l’AfricaMuseum renforce son engagement envers l’engagement critique, suite au lancement de son espace « Parlons du racisme » en 2023.

Le Panorama Congo 1913. L’illusion coloniale exposée se déroule à l’AfricaMuseum, Tervuren, Belgique.

Dates de l’exposition : 28 novembre 2025 – 27 septembre 2026
Admission : Prix plein €13; Tarifs réduits €6; Moins de 18 ans gratuit.Author: Dafydd ab Iago. © Article licensed © 2024 for Tervuren+ under the Attribution-ShareAlike 4.0 International license. Photo: AfricaMuseum